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Ernst Walter Stummer, le roi de la cambriole en Autriche

public

Commission européenne

Bruxelles

Description

Stummer a déposé plainte, pour avoir des droits à pension pour son travail en prison

Transcript

Bonjour,

 Vous n'avez sans doute jamais entendu parler de Ernst Walter Stummer.  Cependant dans son pays, l'Autriche, on peut dire qu'il jouit d'une certaine notoriété.  Et cette notoriété évolue encore puisqu’il se pourrait fort bien qu'il puisse bientôt fêter une première dans sa carrière, c'est-à-dire son premier acquittement.  En effet, un tribunal viennois a acquitté monsieur Stummer à la suite d'un procès où il était accusé d'avoir cambriolé un magasin de sport pour un butin fort maigre qui consistait en tout et pour tout en 15 t-shirts et 837,50€ en liquide. 

Je dois peut-être un peu expliquer les circonstances du délit.  Le magasin en question se trouve exactement en face du domicile de monsieur Stummer et, sur place, on avait trouvé une pince sur laquelle on a trouvé, dans les laboratoires de la police, des traces de l'ADN de monsieur Stummer.  Mais au cours du procès, monsieur Stummer a réussi à faire comprendre au jury qu'il recevait souvent des invités chez lui et que, puisqu’il conservait à son domicile les outils nécessaires à l'exercice de sa profession, certains invités indélicats les lui empruntaient sans sa permission.  D'autre part, il a également mis en avant son expérience et son professionnalisme et a convaincu les jurés qu'un professionnel tel que lui n'aurait jamais envisagé un cambriolage sans porter de gants de façon à ne pas laisser d'empreintes digitales.  Qui plus est, monsieur Stummer est quelqu'un de très prudent ; par principe, il ne s'attaque jamais à un magasin ou un domicile pourvu d'une installation d'alarme.  Monsieur Stummer a bientôt 70 ans et il a déjà passé exactement 30 ans et un mois de sa vie derrière les barreaux.  Il a un casier judiciaire très chargé, il a été condamné à 19 reprises et il aurait déjà visité -après l'heure de fermeture bien sûr- plus de 1000 commerces. 

Comme souvent, sa carrière a commencé modestement.  Il a été condamné une première fois en 1959 pour un vol de bicyclette, ce qui lui a valu une peine de 3 jours de prison.  Peu à peu, il s'est montré plus entreprenant.  Hélas, les juges eux aussi l'ont puni de plus en plus sévèrement.  Mais c'est ici que les choses se corsent !  Durant ces 3 décennies passées derrière les barreaux monsieur Stummer n'a pas été oisif, il a travaillé.  Il a été imprimeur, typographe, boulanger et même plongeur (par plongeur je n'entends pas quelqu'un qui plonge dans des mers mais quelqu'un qui lave la vaisselle).  Maintenant, monsieur Stummer est certes libre, mais ses moyens d'existence sont extrêmement limités.  Il touche une allocation de chômage de 400€ par mois plus une subvention au logement de 75€.  Mais monsieur Stummer, en dépit du fait qu'il a travaillé pendant 30 ans pour l'état, n'a aucun droit à une pension.  En effet, dans le système autrichien, les détenus sont certes assurés contre les accidents de travail et, depuis 10 ans à peine ils contribuent donc à l'assurance chômage, donc on prélève quelque chose sur le salaire qu'ils reçoivent pour effectuer ces divers métiers.  Mais les choses pourraient changer.  En effet, monsieur Stummer a déposé plainte contre l'Autriche devant la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg et, en fait, ses chances sont plutôt bonnes car que se passe-t-il ?  Monsieur Stummer a invoqué l'argument que le travail, effectué en liberté ou en prison, eh bien c'est la même chose par rapport au droit à pension.  Et au cas où les juges de Strasbourg donneraient raison à monsieur Stummer, ceci pourrait déclencher une véritable avalanche de plaintes.  Pour donner un simple exemple : en Autriche -et je ne parle même pas de l'ensemble de l'Europe où les chiffres sont bien plus élevés- donc en Autriche, 80% des 9000 détenus travaillent à temps plein.  Ils touchent un salaire horaire qui varie de 4,60€ à 6,90€ l'heure mais l'état, curieusement, en retient les 3/4 en tant que contribution aux frais d'hébergement des détenus. 

Donc je crois que monsieur Stummer, après avoir mérité le titre de roi de la cambriole dans son pays, risque d'écrire un nouveau chapitre de cette Europe sociale qui nous est si chère.

Je vous remercie

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