GT1: T2: Complémentarités entre acteurs du Nord et du Sud français (fr) Deutsch (de) English (en)español (es) português (pt)

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Introduction

Il est communément admis d’opérer une distinction entre acteurs du Nord et du Sud en fonction de leur rôle dans le Développement, du contexte dans lequel ils opèrent et de leur buts primordiaux.

Beaucoup d’OSC européennes se sont créées pour soutenir des OSC locales et faire office

  • (i) de donateurs indépendants,
  • (ii) d’intermédiaires par lesquels transitent les fonds des donateurs officiels et
  • (iii) d’acteurs de développement solidaires, notamment au travers d’activités d’éducation au développement et de collecte de fonds en Europe.

Les AL européennes, en revanche, se sont traditionnellement – mas pas exclusivement – comportées en donateurs, en versant l’argent du contribuable à

  • (i) des OSC (principalement par l’intermédiaire d’OSC européennes) et
  • (ii) des AL partenaires dans les pays en développement.

Ces différences dans les rôles et modus operandi des acteurs du Nord et du Sud peuvent engendrer des déséquilibres dans les rapports de force et faire que les acteurs du Sud sont traités en clients / bénéficiaires de l’aide plutôt qu’en partenaires indépendants.

Partenariats mondiaux d’OSC, mais relations de financement Nord-Sud ?

Le terme partenariat a beau être largement utilisé dans les milieux du développement, le définir relève de la gageure. Il semble en effet il y a avoir une contradiction entre l’égalité et la réciprocité implicitement suggérées par le terme et le fait qu’en pratique, les partenariats mondiaux sont souvent déséquilibrés au profit du partenaire qui contrôle les ressources . D’après des recherches récentes, un partenariat Nord-Sud équitable entre OSC se caractériserait par  :

  • des relations à long terme, fondées sur une vision commune obtenue au travers d’un dialogue entre chacune des parties.
  • des accords sur des objectifs de développement communs, étant entendu que chacune des parties peut avoir d’autres objectifs complémentaires.
  • la réceptivité aux priorités des OSC du Sud, avec un soutien programmatique accru à ces priorités selon un planning commun.
  • l’Alignement avec les systèmes et les procédures des OSC du Sud, notamment pour l’appui au budget ordinaire.
  • le respect des différences et de la diversité, dans le cadre de relations fondées sur l’honnêteté, la transparence, la confiance mutuelle et le partage des savoirs.
  • un appui aux OSC du Sud pour qu’elles puissent renforcer leurs capacités, avoir l’occasion de dialoguer, d’établir des contacts et de se hisser au niveau international et d’accéder à des compétences ou à des informations spécifiques.
  • des dispositions relatives à la reddition mutuelle de comptes explicites et négociées.

Les recherches et forums qui entendent réformer le fonctionnement et les pratiques des OSC ont montré que les relations entre OSC du Nord et du Sud peuvent prendre des formes diverses, en fonction du degré de partage de la gouvernance. Cela peut aller de relations de sous-traitance (où l’OSC locale accomplit un certain nombre de missions clairement définies par le partenaire-donateur) et de la franchise sous tutelle (où l’OSC locale fait office de bureau local : elle est indépendante sur le plan opérationnel, mais dépend à nouveau de « l’OSC donatrice ») aux collaborations (qui supposent une prise de décision et une programmation communes) et à des dispositifs de gouvernance mutuelle (où chaque organisation dispose d’un large pouvoir de décision sur les politiques et les pratiques) .

Encadré 4 : partenariats Nord-Sud d’OSC

Brésil

À l’origine, au temps de la dictature militaire, les relations entre les ONG brésiliennes et leurs homologues des pays développés étaient empreintes d’un fort élément de solidarité. Ce sont surtout les ONG européennes qui ont contribué à renforcer la société civile, en soutenant un agenda de développement axé sur la lutte contre la pauvreté et l’injustice. Les financements ont néanmoins faussé les rapports de force dans la relation. Aujourd’hui, les ONG brésiliennes se sentent « sur la voie du partenariat » et identifient les possibilités d’engager un véritable dialogue et une véritable action commune.

Cambodge Après des décennies de conflit au cours desquelles l’État fut le seul acteur du développement, les ONG commencent à combler les failles depuis l’ouverture du pays en 1991. Les ONG cambodgiennes dépendent apparemment de l’assistance technique étrangère alors que les organisations communautaires de base semblent davantage ancrées dans la société cambodgienne. Les ONG cambodgiennes définissent le partenariat en termes de communication et non de transaction. Dans la pratique, elles entretiennent un « monologue relationnel » basé sur le financement de projet à court terme et non sur un plus vaste objectif de renforcement des capacités organisationnelles.

Tanzanie L’expérience tanzanienne des partenariats associatifs Nord-Sud est unique en son genre. L’économie tanzanienne est relativement sous-développée et fortement tributaire de l’aide étrangère. Les relations avec les ONG du Nord sont plus anciennes qu’ailleurs. Les OSC tanzaniennes sont sans doute celles que l’idée d’un authentique partenariat laisse le plus sceptiques lorsque celui-ci repose sur des relations de financement ou d’assistance technique. Malgré un engagement de longue date des ONG du Nord, peu d’éléments attestent de liens dynamiques avec les acteurs de la société civile tanzanienne. Les partenariats ont accentué la dépendance vis-à-vis des financements des ONG du Nord et donc renforcé la verticalité des relations Nord–Sud.

Historiquement, les acteurs globaux et du Nord (ONG, syndicats, coopératives, etc.) ont été d’importantes sources d’appui financier pour leurs homologues des pays partenaires. Ces dix dernières années cependant, la réduction de l’aide publique et les changements apportés à la structure de l’aide (ouverture des financements à un large éventail d’acteurs, déconcentration des mécanismes de financement vers les Délégations de l’UE, etc.) ont remis ce statut en cause.

La nouvelle configuration de l’aide conduit les OSC du Nord à envisager d’autres modes d’accès aux financements. Certaines d‘entre elles ont créé des entités juridiques (c.-à-.d. ouvert des bureaux) dans les pays partenaires afin d’assurer l’exécution des programmes et projets financés par les donateurs. Ces bureaux peuvent soit collaborer directement avec les OSC locales, soit les concurrencer (y compris en court-circuitant les structures locales). Dans ce dernier cas, c’est toute la légitimité de la démarche qui devrait être contestée.

Par ailleurs, de nombreuses OSC du Nord se sont progressivement engagées dans le renforcement et le développement des capacités de leurs partenaires locaux afin de bâtir des partenariats sur le long terme. Le développement organisationnel, le dialogue multi-acteurs autour des stratégies de développement des partenaires et l’engagement local dans les nouvelles modalités de l’aide figurent parmi les éléments jugés utiles au renforcement des capacités des OSC du Sud.

Vu cet engagement, la CE a dû redéfinir la valeur ajoutée des ONG européennes dans les partenariats multi-acteurs qui sont apparus vers la fin des années ‘90. Le métier de base de ces ONG consiste sans doute à renforcer les capacités des OSC du Sud. Or les recherches montrent que la présence des OSC du Nord est très faible dans les programmes de renforcement des capacités des OSC (Programmes géographiques), non seulement du point de vue de l’assistance technique, mais aussi en tant que partenaires pour la mise en œuvre des composantes des programmes (accompagnement, suivi, tutorat, etc.).

En conclusion, beaucoup reste encore à faire, comme :

  • (i) de revoir le découpage des rôles entre le Nord et le Sud, tout comme l’espace réservé aux acteurs de part et d’autre ;
  • (ii) de développer des relations et des synergies plus tangibles entre les acteurs du Nord et du Sud, pour éviter toute concurrence déloyale et, au final, aboutir à la mise en place de mécanismes de travail plus inclusifs et plus participatifs.

Les partenariats entre AL du Nord et du Sud

Bien que la participation des AL à la politique de développement et à la coopération extérieure – surtout dans le cadre des jumelages – ne date pas d’hier, sa nature a radicalement changé au cours des dix dernières années. En effet, les AL européennes entretiennent de plus en plus un dialogue permanent et structuré avec leurs homologues du Sud, grâce à des mécanismes de coopération décentralisée plus globaux et plus professionnalisés (réseaux, coopération entre villes, accords de coopération direct, etc.).

Plusieurs programmes multilatéraux tels qu’Urb-Al ou Asia Urbs ont apporté un soutien financier à la coopération décentralisée et promu des approches innovantes en la matière, ce qui montre bien la complexité des relations spontanées entre les collectivités locales et régionales de l’Union européenne et les pays partenaires, de même que leurs avantages potentiels (exemples : favoriser un renforcement institutionnel de part et d’autre ; faire apparaître le niveau local à l’agenda d’échelons institutionnels plus élevés ; permettre au niveau local de formuler ses exigences en matière de gouvernance démocratique, de réduction de la pauvreté et d’intégration régionale ; etc.).

Il apparaît néanmoins que les possibilités offertes par les mécanismes de coopération entre pairs n’ont pas encore été pleinement reconnues ni étudiées dans le cas des AL. La Communication de la CE sur les autorités locales dans le développement l’admet : « il n'y a pas encore eu de démarche stratégique bien pensée au niveau de l'UE pour faciliter et reconnaître les divers aspects de cette participation accrue des autorités locales à la politique de développement de l'UE. »

Il y a encore des progrès à faire :

  • (i) dans l’élaboration de mécanismes qui permettent de capitaliser l’expertise des AL ;
  • (ii) pour arriver à une réelle communication et à une réelle coopération entre les AL et d’autres acteurs, surtout à la lumière du PAA, afin d’éviter d’autres fragmentations.

Questions à débattre

QUELQUES QUESTIONS À DÉBATTRE :
  • Qu’est-ce qui caractérise aujourd’hui les relations entre OSC et AL du Nord et du Sud et quelles sont les évolutions à prévoir dans les années à venir ? Du point de vue des OSC et des AL du Sud, quelles réformes les OSC et les AL du Nord devraient-elles introduire dans leur façon de travailler avec elles ?
  • Comment soutenir les synergies et la Complémentarité entre les OSC et les AL du Nord et du Sud, et promouvoir des partenariats mondiaux durables au travers de processus sur le long terme (dans divers secteurs, mais essentiellement axés sur le renforcement de la société civile) en lieu et place des projets à court terme actuels ?
  • Comment accroître l’efficacité et la cohérence globale de la stratégie d’engagement auprès des OSC et des AL, vu la multitude d’acteurs en présence (avec chacun leurs missions, leurs expériences et leurs dynamiques) ? Une stratégie d’engagement globale qui tienne compte d’une telle diversité est-elle possible ?
  • Quelles conséquences le passage à des activités de renforcement des capacités et de lobbying en lieu et place des prestations de service peut-il avoir pour les OSC du Nord et du Sud en termes d’opportunités, de défis et d’impact ?
  • Comment les AL peuvent-elles influencer la planification de l’Appui budgétaire et s’assurer que davantage de fonds parviennent au niveau local ?
  • Quel pourrait être le rôle des acteurs du Nord dans les programmes géographiques ?
  • Comment appréhender la nouvelle relation qui va s’instaurer entre acteurs européens et acteurs des pays partenaires de l’UE suite à ce changement de dynamique dans la politique de financement ?

Voici la fin du Thème II du GT1 : rôles et valeur ajoutée des OSC et des AL dans la coopération extérieure de la CE faisant partie du Dialogue structuré