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Stories from the field

Un an au sein d'une équipe 100% tunisienne

Sophie Basso in Tunisia
Organisation
Médicos del Mundo ES

Dernières photos d’équipe, dernières embrassades avant mon départ du bureau, « Bech netwahchouk » (« Tu vas nous manquer » en arabe tunisien).

Ce vendredi tous mes collègues de Médecins du Monde Belgique mission Tunisie se sont réunis sur la terrasse du bureau pour me dire au revoir. C’était une très belle surprise de voir toutes ces personnes avec qui j’ai partagé mon quotidien pendant un an, présentes pour me souhaiter le meilleur. Ma mission de Volontaire de l’Aide de l’Union Européenne en tant qu’assistante projet santé-migration et chargée de l’intégration du genre dans les projets Sehaty Covid-19 se termine sur une belle note, sous le soleil tunisien.

Je suis arrivée il y a un an, sous le même soleil de septembre. Beaucoup de choses ont changé. L’équipe de Médecins du Monde n’était pas aussi grande qu’aujourd’hui, les visages étaient différents. Seule, l’« équipe migrant » de Tunis - composée d’une coordinatrice de projet, d’une médecin, d’une chargée de santé mentale, d’une assistante administrative et de deux chargée de protection - qui est devenu très vite mon équipe, n’a presque pas changé. C’est l’histoire de mon évolution dans cette équipe que je veux raconter.

La première fois que j’ai rencontré l’équipe au complet, c’était lors d’un atelier team-building à Monastir. J’ai rapidement remarqué que les membres de l’équipe migrant étaient très proches, toutes étaient très amies et formaient comme un clan. Pas facile d’intégrer un tel groupe. Pourtant j’ai été bien accueillie, avec un peu de méfiance certainement. Chacune se demandait qui j’étais, ce que je venais faire ici. Il y a eu beaucoup d’interrogation sur mon statut de Volontaire de l’Aide de l’Union Européenne : « tu es stagiaire ? », « tu travailles pour l’Union Européenne ? ». Une telle initiative n’existant pas pour les Tunisiens, mes collègues avaient du mal à comprendre quelle était ma casquette. J’ai dû expliquer de nombreuses fois ce que je venais faire, que je serai leur collègue tout simplement, l’assistante des projets santé migration.

Très rapidement j’ai été prise avec l’équipe dans le flux des activités que nous devions organiser avant la fin de l’année. Les mois de novembre et de décembre ont été très chargés. J’ai vu avec quelle motivation et quel engagement chacune se donnait pour faire avancer le projet et mettre en place des activités de qualité pour nos bénéficiaires. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, à travailler, même certains week-ends.

Dans le cadre de notre projet, nous sommes présents aux côtés des personnes migrantes pour leur proposer des soins médicaux, psychologiques et un accompagnement social. Nous organisons des activités de sensibilisation sur les thématiques de la santé et nous renforçons les capacités des structures de santé et des associations de la société civile afin d’améliorer l’accès à la santé pour les personnes migrantes, cela à travers différentes formations.

Au début, souvent lors des réunions d’équipe, mes collègues échangeaient en arabe. Je ne pouvais pas comprendre toutes les informations ce qui était frustrant. Je demandais à changer de langue. De nombreuses fois elles se sont excusées, puis elles ont a ajouté : « On oublie toujours que tu n’es pas Tunisienne tellement tu es bien intégrée ».

En décembre nous avons eu un team-building pour l’ensemble de l’équipe migrant, de Tunis, Sfax et Médenine. Le dernier exercice de la journée consistait à faire des compliments chacun à tour de rôle. Lorsque ce fut à mon tour d’être complimentée, j’ai été surprise par toutes les belles choses que mon équipe disait à mon égard. C’est à ce moment que j’ai senti faire partie de l’équipe, être complètement intégrée.

Presque chaque jour une de mes collègues m’apprenait quelque chose sur la Tunisie, des expressions, des traditions, des habitudes. Elles me faisaient goûter leur plat à midi et certaines m’ont même cuisiné des plats traditionnels à ramener à la maison : le fameux couscous tunisien au poisson, le mesfouf à la semoule et aux graines de grenades et l’assida au zgougou pour la fête du Mouled (naissance du prophète).

La vie de l’équipe n’a jamais été un long fleuve tranquille, mais c’est pendant la période de confinement liée la crise sanitaire de la Covid-19, entre fin mars et début mai, que le fleuve est devenu un torrent tumultueux. En plus du stress que chacune pouvait vivre en cette période d’incertitude, nous avons dû adapter toutes nos activités pour venir en aide de la meilleure façon possible aux populations migrantes vulnérables qui l’étaient devenues encore plus. Le travail à distance complexifiait les choses et les équipes terrain étaient en première ligne. Nous avons travaillé sans relâche, la semaine, les week-ends. Beaucoup d’efforts ont été déployés par chaque membre de l’équipe. Des tensions et des incompréhensions ont fait surface. Malgré ces difficultés, nous avons tenu le choc et aujourd’hui nous pouvons observer tout ce que l’équipe a accompli pendant cette période : développement de cliniques mobiles pour les personnes migrantes ; formation sur les gestes barrières pour les partenaires ; actions de sensibilisation ; distributions de kits d’hygiène ; distributions de kits alimentaires avec les partenaires etc.

Durant l’été, nous avons repris les activités du projet pour lesquelles nous avions pris du retard. Certaines activités de formation ont dû être modifiés et faites en ligne plutôt qu’en présentiel. Il a fallu encore nous adapter. C’est encore une fois grâce aux efforts et à l’engagement de chacune pour le projet que nous avons relevé le défi.

Je retiens de cette équipe de la folie, de l’engagement et beaucoup de solidarité. Même si aujourd’hui ma mission se termine, je sais que je ferai toujours partie de cette équipe 100% tunisienne.

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